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On t'aide à voir le verre à moitié plein

Sortir du nucléaire… Vous êtes sérieux ?

En France aujourd’hui, on compte 56 réacteurs nucléaires de niveaux de puissance différents répartis sur 18 sites. Ils produisent 70 % de l’électricité consommée par les Français. Si les avantages de l’énergie nucléaire sont certains, les inconvénients existent eux aussi. Comme notre parc est vieillissant, nous allons devoir construire de nouveaux réacteurs pour bien négocier la transition énergétique.

En 2020, les énergies fossiles représentaient encore 63% des 1600 térawatt-heure (TWh) consommées en France contre seulement 25% pour l’électricité. Ce qu’il faut savoir, c’est que 70 % de cette électricité produite est d’origine nucléaire. Cela revient à dire qu’aujourd’hui, moins de 20 % de l’énergie totale qui alimente l’Hexagone (ce soi-disant « pays tout-nucléaire ») provient des centrales nucléaires.

En dépit du fait que le nucléaire soit une énergie décarbonée (sans émission de gaz à effet de serre), susceptible de se substituer à terme à ces énergies fossiles que nous avons collectivement décidé d’abandonner, il n’a pas forcément bonne presse. Nombre de nos concitoyens l’associent encore instinctivement aux bombes du même nom, à Tchernobyl ou Fukushima, aux déchets radioactifs et au fameux fiasco de l’EPR de Flamanville (Manche).

Les Français plutôt favorables

D’autres Français estiment pourtant à juste raison qu’il s’agit d’une énergie d’avenir car elle est à la fois pilotable (disponible quand on en a besoin) et bon marché.

Dans un sondage Elabe de novembre 2021, 52 % des personnes interrogées jugent que la France devrait à la fois développer les énergies renouvelables (notamment l’éolien et le photovoltaïque) et construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les anciennes et rénover les existantes.

Aux yeux de nos compatriotes, le point fort du nucléaire est sa capacité à rendre la France souveraine en matière de production énergétique.

Ça tombe bien puisque l’État a validé, en février 2022, la construction, d’ici à 2050, de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR** de nouvelle génération. Il a même évoqué la possibilité d’en rajouter huit autres. 

Le parachute nucléaire

L’énergie nucléaire n’est pas la panacée. Ça n’est pas certainement pas l’énergie idéale car elle a de nombreux inconvénients, mais d’une part, elle n’émet pas de dioxyde de carbone et d’autre part, on en a chez nous. Ce serait ballot de se priver de ces avantages de l’énergie nucléaire.

Spécialiste de l’énergie et du climat, Jean-Marc Jancovici la décrit non pas comme l’énergie ultime mais comme la seule suffisamment fiable pour négocier la transition énergétique dans des conditions supportables par la population.

Il utilise pour cela une métaphore parlante : « Le nucléaire est un parachute ventral. Il s’ouvre si le parachute principal (c’est-à-dire les énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz) ne fonctionne pas et ça nous évite de nous écraser au sol.« 

Les combustibles fossiles sont les sources d’énergie qui permettent au monde de tourner et à l’économie de fonctionner. Or, on le sait, pour respecter l’objectif de 2° C inscrit dans l’Accord de Paris, nous sommes censés réduire les émissions de 5 % par an dans le monde.

Comme de toute façon, nous allons avoir de moins en moins d’énergies fossiles à notre disposition, le nucléaire fait partie des rares sources d’énergie décarbonées sur lesquelles on peut compter pour continuer à faire fonctionner l’appareil productif.

Encore une fois, il ne s’agit pas de viser la croissance à tout prix comme ces 50 dernières années, mais simplement de rendre la décroissance moins brutale et moins douloureuse pour nos concitoyens. Donc ceux qui pensent qu’on peut sortir complètement du nucléaire d’ici à 20 ans se mettent le doigt dans l’œil. Ça n’arrivera pas.

Les avantages de l’énergie nucléaire

Les principaux avantages de l’énergie nucléaire sont qu’elle est décarbonée (elle ne rejette pas de CO2, mais de la vapeur d’eau), pilotable, disponible toute l’année et enfin peu coûteuse à produire. En outre, on peut en générer dans de grandes quantités car les installations nécessaires à sa production ont une durée de vie assez longue, de 40 ans environ.

Nucléaire : une énergie qui dérange [le film] – Documentaire et Vérité

Mais le nucléaire engendre aussi des inconvénients et en première ligne, la gestion des déchets. La chaleur dégagée par la fission des atomes d’uranium transforme l’eau en vapeur. Celle-ci est utilisée pour mettre en mouvement des turbines, elles-mêmes reliées à des alternateurs qui produisent ainsi de l’électricité.

Mais une fois l’uranium utilisé, il reste une matière, qui ne peut plus servir à alimenter les réacteurs, mais qui reste radioactive. Ce déchet nucléaire est envoyé dans des usines de traitement où il est trié en fonction de son degré de radioactivité. Ensuite, il est stocké ou enterré à 500 m sous terre.

Ainsi, une partie des déchets les moins radioactifs sont traités puis stockés sur les deux sites de stockage de l’ANDRA dans l’Aube. Les déchets fortement radioactifs sont répartis dans les usines de traitement de La Hague (Manche), de Marcoule (Gard) ou de Cadarache (Bouches‑du‑Rhône).

Quels sont les risques du nucléaire en France ?

La France n’a jamais connu d’accident grave dans une centrale nucléaire de nature à menacer la population à cause de particules radioactives lâchées dans la nature. Des efforts considérables de sécurité sont consentis par l’opérateur EDF pour améliorer la sûreté et la fiabilité des réacteurs.

On nous assure par exemple que la façon dont fonctionnent les centrales françaises interdit l’emballement de la réaction de fission et l’explosion du réacteur nucléaire. Mais, on nous précise aussi, que le risque zéro n’existe pas.

Peut-on sortir du nucléaire en France ? 

Plusieurs organisations ont étudié les scénarios permettant une sortie du nucléaire et la fin de la dépendance française à l’uranium. Publiée en octobre 2021, la grande étude réalisée par le Réseau de transport d’électricité (RTE) montre que l’Hexagone pourrait effectivement renoncer totalement aux avantages de l’énergie nucléaire d’ici à 2050.

Il faudrait pouvoir compter sur un développement considérable du photovoltaïque et de l’éolien en mer, mais aussi de l’éolien terrestre, de l’énergie hydraulique et des bioénergies. Aujourd’hui, l’éolien et le photovoltaïque représentent 10% de la production d’électricité et moins de 3% de l’énergie totale utilisée en France. Il y a du chemin…

Le pays devrait investir massivement dans des nouvelles infrastructures (multiplication des centrales photovoltaïques ou éoliennes, transformation du réseau électrique pour assurer le transport de l’énergie de gros parcs vers toute la France, ou de petites unités locales.

Mais comment compenser les variations constantes de l’éolien et du photovoltaïque alors qu’on a les pires difficultés à stocker cette énergie pour les jours ou les mois sans vent ou sans soleil ?

Ça n’arrivera pas car le fonctionnement de la société repose entièrement sur une énergie disponible à la demande, à tout moment et n’importe où. Changer complètement de mode d’approvisionnement énergétique prendra bien plus de 30 ans, c’est une transformation systémique. Et ceux de nos concitoyens qui joueront le jeu de la sobriété heureuse, auront déjà suffisamment de mal à se passer des hydrocarbures, même avec le renfort et les avantages de l’énergie nucléaire.

En outre, les « énergies propres » n’ont pas que des avantages. Elles présentent certes moins de danger apparent que le nucléaire, mais sont au moins aussi exigeantes en termes de ressources. Par exemple, il faut 80 fois plus de cuivre ou 40 fois plus d’acier pour produire un kilowattheure solaire que pour un kilowattheure nucléaire.

Par ailleurs, il faut aussi 500 fois plus d’espace. Un gigawatt d’énergie solaire exige un espace de 1000 hectares (sans compter le stockage) quand un réacteur nucléaire (avec les bâtiments et équipements annexes) tient sur 2 ou 3 hectares. C’est l’un des avantages de l’énergie nucléaire.

RTE a envisagé six scénarios* en tout dont le plus probable est le dernier, basé sur la coexistence à parts égales des énergies renouvelables et du nucléaire. Il anticipe la construction de 14 réacteurs EPR (tiens, tiens, comme l’Etat) ainsi que plusieurs mini-réacteurs d’appoint (SMR). Le nucléaire représenterait alors la moitié de l’approvisionnement électrique en 2050.

Au moins, à cette date, on devrait être massivement sorti des énergies fossiles !

* Futurs énergétiques 2050 : les scénarios de mix de production d’électricité (RTE)
** Le Plan de relance du nucléaire (L’Express)

A PROPOS

Philippe Monteiro da Rocha
Philippe Monteiro da Rochahttps://www.aujourdhui.com
Passionné de psychologie positive, Philippe est responsable éditorial d'Aujourdhui.com. Adressez-vous à lui si vous avez des compliments ou des critiques à faire...
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