Mes écogestes ont-ils un impact ?

Réduire sa consommation de viande, prendre le vélo pour les petits trajets, acheter en vrac, trier ses déchets, couper l’eau quand on se brosse les dents… On va sauver la planète avec ça ? Certainement pas ! Mais la transition écologique ne peut pas se faire sans toi. L’impact des écogestes et des changements de comportement individuels est plus important que tu ne le soupçonnes !

La plus grosse idée reçue concernant les enjeux climatiques, généralement relayée par ceux qui ne veulent absolument rien faire (environ 20 % de la population française), c’est d’affirmer que les petits gestes écolos ne servent à rien et qu’ils ne sauveront jamais la planète…

Arrêtons de vouloir sauver la planète !

D’abord, il faudrait arrêter de vouloir « sauver la planète » à tout prix, car il ne s’agit pas d’elle. La planète a connu bien des bouleversements climatiques et même des extinctions de masse et elle est toujours bien vivante.

Il s’agit plutôt de préserver l’humanité et le plus possible d’espèces vivantes en leur assurant des conditions de survie à peu près acceptables pour les siècles qui viennent. En restant focalisé sur l’idée de « sauver la planète » on se trompe complètement de sujet. Mais passons…

Yann Arthus-Bertrand

« Nous avons tous notre rôle à jouer. C’est par l’accumulation d’actes modestes réalisés à notre échelle et reproduits çà et là que les choses finiront par changer en profondeur. »

Yann Arthus-Bertrand

Quel est le vrai impact des écogestes ?

Selon une étude de l’Ademe en 2019, 80 % des Français se déclarent sensibles ou très sensibles à l’environnement. C’est une super nouvelle !

Mais combien parmi ces dizaines de millions de nos concitoyens sont-ils prêts à agir sérieusement pour baisser leur empreinte carbone ?

Ce n’est pas uniquement une question de fibre écologique ou de conviction personnelle. Même si on peut parfois en douter, l’être humain est rationnel. Pour entreprendre une action qui lui coûte ou qui exige un effort de sa part, il a besoin d’y trouver du sens. Il a besoin de comprendre que ça sert à quelque chose…

objectif empreinte carbone personnelle

Alors à quelle hauteur l’action de chaque individu peut-elle contribuer à l’objectif de passer, en 30 ans, d’une empreinte carbone moyenne de 10 tonnes CO2e par an à 2 tonnes par an (en vertu des objectifs de l’Accord de Paris) ?

Ne pas confondre écogestes et bon sens

L’impact des écogestes et, plus largement, de l’action individuelle est loin d’être négligeable si on ne se limite pas à des actions symboliques et marginales, comme trier ses déchets, éteindre la lumière, couper l’eau pendant le brossage de dents ou afficher un autocollant « Stop Pub » sur sa boîte-aux-lettres. Ce ne sont pas des écogestes, c’est juste du bon sens et de l’éducation !

L’impact des écogestes est-il négligeable ? Philoxime

Sur la base de simples changements de comportement et de façon de consommer, chacun de nous est capable de baisser d’environ un quart (2,8 t CO2e par an) son empreinte carbone personnelle. C’est considérable !

Les auteurs du rapport Faire sa part* soulignent que les écogestes individuels qui produisent le plus fort impact sur l’empreinte carbone individuelle sont essentiellement liés à trois postes :

  • L’alimentation : manger moins de viande et de produits laitiers, manger des produits locaux et de saison.
  • Le transport : remplacer les petits trajets en voiture par le vélo, utiliser le covoiturage, arrêter de voyager en avion.
  • La consommation de biens et de services : limiter ses achats de vêtements, faire durer (ou réparer) ses appareils électroménagers et équipements hi tech (ordinateurs, téléphones…), freiner sa consommation numérique et d’électricité.
carbone4 impact des ecogestes 800
L’impact des écogestes relevant du comportement individuel – Faire sa part* par Carbone4

La preuve chiffrée que c’est possible !

Ces écogestes sont nécessaires car ils ne dépendent que de décisions individuelles. Ça veut dire chacun d’entre nous. En d’autres termes, si tu ne décides pas de le faire toi-même, personne ne le fera à ta place… Ce n’est pas ton cousin, ta mère ou ton voisin qui choisira pour toi des modes de consommation plus sobres et moins carbonés. Ça ne dépend que de toi !

Ces écogestes sont également essentiels car ils ont une valeur éducative auprès des citoyens qui, ensuite, pourront faire pression, en toute connaissance de cause, sur les pouvoirs publics.

Au-delà de ces écogestes, des décisions majeures d’investissement peuvent venir compléter cette baisse de l’empreinte carbone individuelle et la réduire de 2 tonnes de CO2e supplémentaires (par an et par personne).

Pour cela, les ménages devraient privilégier deux postes d’économies d’émissions qui, cette fois, impliquent des investissements financiers importants. Pour être réalisables, ces investissements doivent être nécessairement soutenus par les pouvoirs publics) :

  • Le logement : rénovation et isolation de son appartement ou de sa maison et remplacement de son système de chauffage par un dispositif bas carbone (réduction de 1,2 t CO2e par an et par personne).
  • La voiture individuelle : remplacer son véhicule à moteur thermique par un véhicule bas carbone, électrique ou hybride (réduction de 0,8 t CO2e par an et par personne).

Ces deux tonnes de baisse d’émissions supplémentaires font potentiellement baisser l’empreinte carbone individuelle de 4,8 tonnes CO2e par an, soit la moitié des efforts nécessaires pour passer de 10,5 à 2 tonnes (en vertu des objectifs de l’Accord de Paris).

On voit donc qu’au prix d’efforts héroïques (mais étalés dans le temps), de changements d’habitude et de mode de consommation, mais aussi d’investissements conséquents, chaque individu peut faire sa part en baissant de manière très significative ses propres émissions de gaz à effet de serre.

Pour un individu rationnel, en quête de sens et d’engagement, l’action climatique peut ainsi devenir un projet individuel réaliste, quand bien même celui-ci exigera beaucoup d’abnégation, de renoncements et de sacrifices personnels.

L’autre moitié du chemin

Même s’il est en mesure de couvrir la moitié du chemin, le citoyen ne pourra pas résoudre seul le défi que pose la transition énergétique. C’est l’adaptation du système tout entier qui doit permettre de faire l’autre moitié.

Et le système, c’est la collectivité, donc la responsabilité de l’État et des entreprises. Leur rôle pour réduire l’empreinte carbone des Français est majeur. C’est l’autre moitié du chemin à faire !

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Jacques Chirac (2002)
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Jacques Chirac.

Les entreprises doivent décarboner leurs processus d’approvisionnement, de production et de commercialisation en commençant par identifier leur dépendance au carbone (choix des fournisseurs, process industriels, fret de marchandises, transport des salariés, approvisionnement énergétique, achats de biens matériels, usage et recyclage de leurs produits, etc.).

Quant à l’État, chacun sait qu’il est très loin d’être à la hauteur des enjeux climatiques depuis 30 ans. Sa première responsabilité est de rénover les bâtiments publics et de décarboner tous les services dont il a la charge (santé, éducation, défense, intérieur, logements sociaux, etc.). Il y a du boulot !

L’État doit aussi tout faire pour aider à la décarbonation des entreprises et des ménages et inciter les investissements dans les filières bas carbone. Quand on pense que le gouvernement n’a officiellement relancé la filière nucléaire qu’au premier trimestre 2022, on croit rêver.

Vu la situation économique actuelle d’EDF et l’état déclinant du parc nucléaire français, il ne faudra pas s’étonner si on commence à connaître des ruptures d’approvisionnement en électricité bien avant la fin de la décennie…

Sans prise de conscience individuelle (les fameux écogestes) et sans transformation radicale de notre système socio-économique, le défi que pose la transition énergétique n’est ni jouable ni réaliste.

* Guide pratique Faire sa part par Carbone4 (fondé par Jean-Marc Jancovici).

A PROPOS

Philippe Monteiro da Rocha
Philippe Monteiro da Rochahttps://www.aujourdhui.com
Passionné de psychologie positive, Philippe est responsable éditorial d'Aujourdhui.com. Adressez-vous à lui si vous avez des compliments ou des critiques à faire...
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